Voir ses selles flotter peut surprendre mais n’est pas toujours le signe d’une maladie grave. La flottabilité s’explique le plus souvent par une production accrue de gaz lors de la fermentation des fibres par le microbiote, ou plus rarement par une mauvaise absorption des graisses (stéatorrhée). Ce guide explique les causes fréquentes, propose des conseils pratiques pour un test maison, et précise les signes qui justifient une consultation médicale urgente.
Causes les plus fréquentes
Les causes se répartissent généralement en deux catégories : temporaires et persistantes. Les causes temporaires sont liées à l’alimentation et au microbiote ; elles régressent souvent en quelques jours. Les causes persistantes impliquent une malabsorption ou une pathologie sous-jacente qui nécessite des examens complémentaires.
1. Fermentation des fibres et production de gaz
De nombreux aliments riches en fibres fermentescibles (choux, brocoli, légumineuses, oignon, ail) augmentent la production de gaz par les bactéries intestinales. Ces gaz emprisonnés rendent les selles plus légères et donc susceptibles de flotter. L’effet est souvent ponctuel et disparaît si l’on ajuste l’alimentation.
2. Malabsorption des lipides (stéatorrhée)
Si les selles sont huileuses, grasses, volumineuses, malodorantes et flottantes de façon persistante, il peut s’agir d’une mauvaise digestion ou absorption des graisses. Causes possibles : insuffisance pancréatique (pancréas ne produisant pas assez d’enzymes), cholestase, maladie cœliaque, chirurgie bariatrique, ou certains médicaments.
3. Infections et parasites
Certaines infections intestinales ou parasitoses entraînent des modifications de la consistance des selles et de la digestion, parfois avec une production accrue de gaz.
4. Médicaments et suppléments
Certains médicaments (ex. orlistat) et suppléments riches en fibres peuvent provoquer des selles flottantes temporaires.
Test maison simple (période d’observation de 72 heures)
Avant de s’inquiéter, on peut effectuer un test pratique : tenir un journal alimentaire et faire une restriction ciblée sur 48 à 72 heures. Actions recommandées :
- Supprimer provisoirement les aliments très fermentescibles (choux, brocoli, légumineuses, oignon, ail, certains fruits crus).
- Réduire temporairement les plats très gras.
- Boire suffisamment d’eau et garder un apport de fibres solubles (avoine, banane mûre) pour éviter la constipation.
- Noter la fréquence, l’apparence, l’odeur et la flottabilité des selles ; prendre une photo si utile pour le médecin.
Si l’aspect redevient normal en quelques jours, l’origine est probablement alimentaire. Si le symptôme persiste, passez à l’étape médicale.
Signes d’alerte qui nécessitent une consultation rapide
Consultez un médecin sans délai si vous observez :
- Perte de poids inexpliquée.
- Selles grasses persistantes, volumineuses et malodorantes.
- Douleurs abdominales intenses, fièvre, vomissements ou ictère (peau/yeux jaunes).
- Sang dans les selles ou fatigue importante liée à une anémie.
Examens médicaux possibles
Le médecin choisira les examens en fonction du tableau clinique. Parmi les investigations courantes :
- Analyse des selles : recherche de graisses (quantification des graisses fécales), cultures bactériennes, parasitologie, test d’acidité des selles chez l’enfant.
- Dosage de l’élastase fécale pour dépister une insuffisance pancréatique.
- Tests sanguins : NFS, bilan hépatique, glycémie, ions, CRP, sérologie cœliaque (anti‑transglutaminase), bilan des vitamines si malabsorption suspectée.
- Test respiratoire à l’hydrogène pour le diagnostique d’intolérance au lactose ou prolifération bactérienne de l’intestin grêle.
- Imagerie : échographie abdominale, scanner si nécessaire.
- Endoscopie (gastroscopie, coloscopie) si besoin pour visualiser la muqueuse et faire des biopsies.
Conseils alimentaires et hygiène de vie
Quelques règles simples aident à réduire les épisodes de selles flottantes liées à l’alimentation :
- Augmentez les fibres progressivement pour laisser le temps au microbiote de s’adapter.
- Trempez et cuisez bien les légumineuses pour diminuer la production de gaz.
- Favorisez les fibres solubles (avoine, psyllium, banane) si les selles sont irrégulières.
- Répartissez les repas et évitez les excès de graisses en un seul repas.
- Évitez l’automédication prolongée avec des probiotiques sans avis médical ; choisissez-les sur conseil si troubles dyspeptiques persistants.
Tableau récapitulatif : aliments et mécanismes
| Aliment | Mécanisme | Conseil pratique |
|---|---|---|
| Choux, brocoli | Fibres fermentescibles → production de gaz | Réduire temporairement, cuire longuement |
| Légumineuses | Oligosaccharides fermentés par le microbiote | Trempage, cuisson prolongée, augmenter progressivement |
| Aliments très gras | Exacerbation de la stéatorrhée en cas de malabsorption | Limiter les graisses si selles grasses persistantes |
Les selles flottantes sont souvent bénignes et liées à l’alimentation ou au microbiote. Un test de 48–72 heures (journal alimentaire et ajustement) permet souvent de lever le doute. En présence de signes d’alerte — selles grasses persistantes, perte de poids, douleurs, fièvre — il est important de consulter pour des examens adaptés. Une prise en charge précoce évite les complications si une malabsorption ou une pathologie sous-jacente est en cause.


