Une prise de sang montrant une créatinine légèrement augmentée chez un adolescent inquiète souvent les parents. Avant de paniquer, il faut replacer ce résultat dans son contexte : l’âge, la taille, la masse musculaire, l’hydratation, les efforts récents et les médicaments ou compléments pris influencent fortement la valeur. Une hausse isolée et transitoire est fréquente et le plus souvent réversible.
Ce que mesure la créatinine et pourquoi elle varie
La créatinine est un déchet du métabolisme musculaire éliminé par les reins. Sa valeur dépend donc de la masse musculaire : un garçon adolescent musclé aura une créatinine de base plus élevée qu’une fille plus mince. D’autres facteurs modifiables peuvent augmenter la créatinine de façon transitoire : déshydratation, exercice intense récent (sport, tournoi), prise de créatine ou de fortes protéines, certains médicaments (AINS, certains antibiotiques) ou un épisode d’insuffisance rénale aiguë. Enfin, des interférences de laboratoire ou des erreurs d’échantillonnage existent, d’où l’importance de répéter le test si le résultat surprend.
Valeurs indicatives (à consulter avec la plage du labo)
Les laboratoires indiquent leurs propres plages de référence. À titre indicatif :
- Enfant 2–12 ans : environ 20–65 µmol/L (0,2–0,74 mg/dL).
- Adolescente 13–17 ans (fille) : environ 40–90 µmol/L (0,45–1,02 mg/dL).
- Adolescent 13–17 ans (garçon) : environ 50–110 µmol/L (0,56–1,24 mg/dL).
Conversion utile : 1 mg/dL ≈ 88,4 µmol/Pour estimer la fonction rénale chez l’enfant et l’adolescent, les médecins utilisent des formules adaptées (ex. formule de Schwartz) qui tiennent compte de la taille et permettent de calculer un eGFR pédiatrique.
Causes fréquentes d’une créatinine augmentée non pathologique
- Déshydratation aiguë (vomissements, diarrhée, manque d’apports hydriques) : cause très fréquente et réversible.
- Effort physique intense ou traumatisme musculaire : élévation transitoire après course, match, ou séance de musculation.
- Suppléments (créatine), régime hyperprotéiné : peuvent augmenter la créatinine sanguine.
- Médicaments néphrotoxiques ou modifiant la perfusion rénale : AINS, certains antibiotiques (aminoglycosides), agents de contraste, d’autres molécules selon les situations.
- Erreur ou interférence d’analyse : transport, hémolyse, etc.
Signes d’alarme nécessitant une prise en charge urgente
Contactez un médecin ou les urgences si l’adolescent présente :
- Oligurie ou anurie (diminution nette du volume urinaire).
- Œdèmes importants, prise de poids rapide par rétention d’eau.
- Sang dans les urines (urine foncée ou visible à l’œil).
- Hypertension artérielle, étourdissements sévères, vomissements persistants ou fatigue marquée.
Conduite à tenir immédiatement à la maison
- Hydratez l’adolescent : apports liquidiens adaptés et réguliers pendant 24–48 heures si pas de contre-indication médicale.
- Suspendez temporairement les AINS (ibuprofène, aspirine en forte dose) et les compléments de créatine/protéines jusqu’à avis médical.
- Évitez l’effort physique intense : repos sportif 48–72 h avant de refaire un bilan.
- Surveillez l’aspect et le volume des urines, la tension artérielle si possible, et notez tout symptôme nouveau.
- Recommencez la prise de sang (créatinine) après 48–72 heures de repos et bonne hydratation pour vérifier si l’élévation est persistante.
Examens complémentaires que le médecin pourra prescrire
Si l’anomalie persiste, le médecin proposera :
- Répétition de la créatininémie et calcul d’eGFR pédiatrique (formule adaptée à la taille).
- Bandelette urinaire puis examen du sédiment urinaire pour rechercher hématurie ou pyurie.
- Rapport albumine/créatinine urinaire (dépistage d’une albuminurie/protéinurie).
- Bilan hépatique et bilan inflammatoire selon le contexte.
- Imagerie rénale (échographie) si signes cliniques ou biologique de lésion rénale ou anomalies persistantes.
- Orientation vers un néphrologue si valeur anormale persistante, diminution de l’eGFR ou présence de protéines/sang dans les urines.
Quand s’inquiéter sérieusement ?
Une hausse isolée qui normalise après hydratation et repos est peu probable d’être grave. En revanche, une créatinine élevée et stable ou croissante sur plusieurs prélèvements, associée à une protéinurie, hématurie, hypertension ou signes cliniques (œdème, baisse de la diurèse), nécessite une évaluation plus poussée. En pédiatrie, la tendance et le contexte importent autant que la valeur numérique.
Rassurez-vous : beaucoup d’élévations isolées chez l’adolescent s’expliquent par la déshydratation, l’effort sportif ou des compléments et se normalisent rapidement. Commencez par hydrater, arrêter les AINS et la créatine, faire reposer l’adolescent et refaire la prise de sang après 48–72 heures. Contactez le médecin si vous observez des signes d’alerte ou si la valeur reste élevée. Le médecin décidera des examens complémentaires et, si besoin, orientera vers un néphrologue.
Chaque situation est unique : utilisez ce guide comme orientation et conservez toujours la plage de référence fournie par le laboratoire pour interpréter un résultat.


